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Tetris : ces (autres) briques qui ont tout changé

Briques à brac

Au commencement de tout monument un tant soit peu moderne, il y a la brique. Qu’elle soit en terre cuite, en grès, en ciment, en plastique ou en caca, la brique est une promesse. Mais seule, elle n’est pas très utile. Tout au plus, et si l’on en croit Brian Flagg (héros malgré lui du génialissime film The Blob), une brique peut faire office de clé improvisée. Seule, la brique se lance en signe de protestation, afin de défier l’autorité… ou entrer chez votre voisin absent et lui piquer sa collection de Star Wars Kenner pour les balancer dans l’acétone. Bref, la durée d’utilité de la brique en solo est brève.

Comme un individu rejoignant un groupe pour former une société, la brique vaut surtout lorsqu’elle est conjuguée au pluriel. Ne cherchez pas pour autant le verbe « bricker »  dans le Beschrelle, seuls les hackers du dimanche en connaissent la définition, confrontés à cette épée de Damoclès au moment de pirater leur console pour ne plus payer leurs jeux. Bricker quelque chose, c’est le rendre inutile… comme une brique au singulier. C’est risquer de flinguer sa machine de façon irrémédiable. Et ça tombe bien qu’on se soit permis cette parenthèse vidéoludique, puisque de jeux vidéo, il en est ici question.

Pour beaucoup de joueurs, tout commence ici

Tetris ou quoi ?

éliminer quatre lignes d’un coup, une sensation orgasmique sans équivalent.

Aucun débat possible : Tetris, c’est l’alpha et l’oméga du jeu vidéo. Qu’on soit fan ou pas du concept, l’ensemble des sensations et valeurs ludiques propres à ce média se ressentent pour quiconque se sera essayé à une partie ou deux. Ou dix. Ou cent. Hautement addictif, Tetris se veut avant tout simple, fédérateur et facile à expérimenter. Ça ne vous rappelle rien ? Ben oui ! Les Lego justement ! Quoi de plus immédiatement abordable que d’imbriquer des… briques de formes variées dans le but d’obtenir un modèle souhaité ? Et c’est là qu’on touche au cœur du sujet, justement. Et au génie.

Dans Tetris, il ne s’agit évidemment pas de construire des vaisseaux de nerd (rien à voir avec leur qualité), des bâtiments chelous, des robots mignons ou des monstres enchaînés. Si le lore tend à démontrer que l’on tente ici de consolider une rampe de lancement pour navette spatiale, pour le joueur, le but est simple : manipuler des formes définies et les mêler pour former des lignes ininterrompues qui disparaissent dans la foulée, dégageant l’espace de jeu sans cela condamné à se remplir inexorablement. Le challenge étant de composer au mieux avec nos briques pour ne pas laisser trop d’espaces vacants, sous peine de devoir se concentrer sur l’élaboration d’une nouvelle ligne par-dessus celle que nous avons ratée.

Des formes (rng)néreuses…

Évidemment, l’aspect drogue dure de la création d’Alekseï Pajitnov vient du fait que l’ordre d’arrivée des formes proposées, qui tombent du haut de l’écran, est aléatoire. Aucune partie ne ressemble totalement à la précédente et cette mécanique de gameplay toute simple nous force à prévoir nos coups à l’avance mais surtout à nous adapter à l’imprévu. Où vais-je insérer ce bloc en forme de L ? Ira-t-il mieux à cet endroit, collé à ce bloc en forme de T ou bien à côté de cette formation carrée ?

Chaque Tétromino (petit nom donné aux dites formes) se compose toujours de 4 petits carrés, regroupés en 7 patterns simplistes et pivotables à volonté. Le bloc en forme de L trouverait davantage sa place s’il avait la tête en bas ? Hop, on le pivote d’une simple touche pour l’insérer au mieux dans l’interstice disponible. Simple, basique, comme dirait l’autre.

Et c’est tant mieux, puisque plus le joueur accumule les lignes, plus la vitesse où les tétrominos chutent et s’empilent accélère. Si notre mur s’avère finalement aussi troué qu’un gruyère (qui n’est d’ailleurs pas un fromage à trous), c’est l’escalade vers le haut de l’écran, diminuant fatalement le laps de temps disponible pour réfléchir au placement idéal. En cas d’échec, le joueur expérimentera au passage les deux sacro-saints piliers du hit absolu : la fameuse envie, malgré tout, « d’en faire une petite dernière »… couplée au fait de se dire « je peux faire mieux la prochaine fois ». Pas besoin de plus.

Mais ?! C'est bien lui ? Notre héros !

… au service d’une dualité plaisir/frustration

Le revoilà, cette fois sur Game Boy !! Vas-y mon gars !!

Rien, pas même un salaire de ministre, la joie simple de croiser la route d’une Ford Mustang Fastback ou le tiramisu de tata Martine, ne peut rivaliser avec le plaisir d’empiler savamment nos blocs dans l’attente d’un tétromino en forme de ligne droite, qui viendra parfaitement s’accoler sur l’un des côtés de la surface de jeu – volontairement laissé vacant en prévision de son arrivée – afin d’éliminer quatre lignes d’un coup. C’est aussi, au passage, la consécration d’un héros de jeu vidéo discret : la barre droite. Exit Kratos, Nathan Drake, Sonic et même Mario. Ils ne valent pas un clou face à Jean-Didier (fallait bien lui trouver un prénom), le bro ultime, un MVP droit dans ses bottes mais prêt à faire le ménage par le vide ! Sensation orgasmique sans équivalent, à tel point de donner son nom au jeu lui-même, « faire un Tetris » fait plus de bien qu’une visite aux toilettes après un trip chez Taco Bell. C’est l’expérimentation in situ de ce qui constitue la quintessence du jeu vidéo : se lancer un défi, user de ses capacités cognitives pour le relever et éprouver un contentement infini lorsque tout se déroule selon le plan.

Cerise sur le McDo, il est possible d’affronter un (ou plusieurs selon la déclinaison/le millésime du jeu) amis – et ennemis en devenir – dans une avalanche de blocs afin de voir qui se débrouillera le mieux avec ce que la console daignera nous balancer. Et le plus beau, c’est que tout combo de lignes (c’est-à-dire nettoyer deux, trois ou quatre lignes d’un coup) enverra des blocs pourris (aussi appelés « junk ») chez l’adversaire, ce qui le fera rager en plus de compromettre ses plans. Imaginez un instant le bonheur sadique de boucher in extremis l’espace qu’il aura sciemment  laissé libre en attendant LA ligne (qui tarde à venir) indispensable à vous envoyer un Tetris à la tronche ! Et ne parlons pas de Tetris 99, un mode Battle Royale qui regroupe une centaine de joueurs en simultané ! Imaginez la violence du truc !

L’ultra-violence de Tetris 99… et un cameo de « la barre droite », dit Jean-Didier, dans toute sa splendeur

De l’idée dans les suites

Et l’aventure Tetris ne s’arrête pas là ! Si on ne compte plus aujourd’hui les déclinaisons, copies, portages et collaborations toutes machines confondues, quelques fun facts autour de la licence demeurent moins connus.

La suite de Tetris déjà, sombrement nommée Tetris 2, qui ne fait rien comme tout le monde. Là où les joueurs attendaient peu ou prou le même jeu avec quelques updates graphiques et sonores, Nintendo bazarde tout comme cela avait déjà été le cas avec Zelda 2 ou Castlevania 2. Ici, les règles changent fondamentalement. On y retrouve des tétrominos difformes à empiler selon une logique pour le moins abstraite. Exit la simple nécessité de faire des lignes et place à la prise de tête puisque les couleurs des blocs jouent aussi un rôle incontournable pour le joueur friand de constructions tarabiscotées. Très dépaysant et osé, Tetris 2 nécessitera une notice pour les plus impatients, tant il dynamite le concept de base d’Alekseï Pajitnov, qui se dissocie de cette suite.

Un Tetris 2 pour le moins déconcertant...

Deuxième point méconnu (à part pour une poignée d’acharnés), le portage Mega Drive de Tetris (comportant le logo SEGA sur le menu d’accueil) constitue aujourd’hui le jeu le plus cher de la machine, puisqu’il ne fut vendu qu’une semaine avant d’être retiré de la vente pour des raisons de droits, alors en cours d’acquisition par Nintendo. Moins de dix exemplaires seraient encore en circulation. Bon courage au full-seters qui nous lisent (voir photo) !

Une somme stratosphérique, davantage indicatrice de rareté que prix de vente effectif final

Vous ne le saviez peut-être pas mais Alekseï Pajitnov a bien bossé sur une suite de Tetris… avec des chapeaux ! Très justement nommée Hatris, cette mouture rigolote et bien sentie est à jamais restée dans l’ombre de son grand frère (logique, faut dire, de rester à l’ombre quand on porte un chapeau). On y empile des couvres-chefs de formes diverses qui dégringolent par paire du haut de l’écran. Évidemment, impossible de placer une casquette sur un haut-de-forme ou un Stetson. Un peu de sérieux ! C’est avec des habitudes comme ça que ton armoire finit en bordel et que tout se casse la gueule quand tu veux chopper ton T-Shirt de retro-gaming pour te la péter en convention.

Si vous avez une tête à chapeaux, Hatris saura vous convaincre
Un Tetris 2 pour le moins déconcertant...
Une somme stratosphérique, davantage indicatrice de rareté que prix de vente effectif final

Expérimenter en 2D, vivre en 3D

C’est vrai… Comment aurions-nous pu démarrer cette rubrique sans vous parler de Tetris, qui se devait de la lancer officiellement via ce parallèle évident ? Si nous continuerons à vous parler de pixels dans un avenir proche, c’est bien parce que ces derniers font office de base constructive ultime ! C’est à travers eux que s’est bâti le média le plus important et bankable (au point de faire de l’ombre au cinéma, surtout depuis le confinement de 2020) de ces cinquante dernières années. Zoomez sur une image d’un mur et vous y discernerez chaque brique. Zoomez encore et vous y verrez un amoncellement de pixels. Et si ces derniers sont cette fois virtuels, ils font le pont – et le franchissent – vers le réel, notre réalité, par le biais des Lego.

Alors pourquoi ne commenceriez-vous pas tout simplement par plonger tête la première dans vos reliquats de briques danoises comme Picsou dans sa montagne de pognon afin de composer vous-même vos tétrominos et vous affronter autour d’une variante de Dix de Chute sauce Tetris ? Créez vos propres règles ! Alternez entre 2D et 3D ! Matérialisez l’immatériel ! Lancez-vous dans le pixel art fait maison et ajoutez un Mario/Mega Man époque NES en guise d’arbitre ! Ou un Sonic, si vous avez meilleur goût… C’est facile, c’est carré !

Ah ben bravo Jean-Didier ! C'est du joli !
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Lore improbable

TOXIC CRUSADERS – TROMA-TISME AU PAYS DES ENFANTS

REVENGE OF THE NERD

C’est l’histoire de Melvin, un ado un peu gauche, chargé – et c’est déjà un bien grand mot – de passer la serpillère à la salle de sport du coin. Charrié par la sempiternelle bande jocks indissociables de tout bon bled ricain qui ne se respecte pas, le voilà couvert de honte… et de produits hautement toxiques après un vol plané par la fenêtre du premier étage. Ni une ni deux, le voilà transformé en tas de muscles… et de pustules. Pas sûr, cependant, que Melvin y perde au change.

Bien décidé à se venger, le voilà qui brandit fièrement sa serpillère et part casser la gueule de tous les dépravés du coin. Et il va avoir du boulot, entre les pollueurs, le groupe d’imbéciles responsable de sa métamorphose et les chauffards tueurs d’enfants. Devenu figure publique, il se lancera même dans le crowdfunding dans le troisième opus de ses aventures. À Tromaville, toutes les carrières sont possibles.

Melvin, aka The Toxic Avenger, prêt à en découdre. Ahhhh grougrouuuuu !!
LA "tête" d'affiche du cinéma indépendant des 80's

En chemin, il rencontrera l’amour et apprendra que la vraie beauté vient de l’intérieur. En même temps il ne lui restait que ça, au pauvre Melvin. Et ça n’a pas l’air de faire fuir les nanas. Tu vois, s’il y arrive, toi aussi t’as une chance. Oui, c’est à toi que je parle. Toi qui essayes de convaincre tes « dates » que tu gardes ton FFP2 pour des raisons sanitaires. TKT, chez Troma, personne ne te jugera. Viens, on est bien !

The Toxic Avengers-Tétralogie Édition Mediabook Collector pour une soirée Toxic & Chill romantique.

Morceaux choisis d’une vie de bohème à la déchetterie du coin Tromaville

DESSINE-MOI UN CLODO

Fort d’un succès quasi immédiat lors de sa sortie en 1985, Toxic Avenger donne de la visibilité au studio de cinéma indépendant Troma, sorte de monde parallèle et loufoque où se côtoient monstres, héros libidineux et fulgurances gore bien craspecs. Logique, dès lors, que de nombreuses suites se mettent rapidement en chantier accompagnées, chose moins commune dans le sillage de ce genre de productions, d’une série animée bien plus sage que le matériau de base salement illustré ci-dessous.

🔞 ACHTUNG! GIF DÉGUEUX 🔞

TRIGGER WARNING

🔞 ACHTUNG! GIF DÉGUEUX 🔞

TRIGGER WARNING

Flanqué d’une bande de shitty friends mutants, Melvin forme en 1991 les Toxic Crusaders afin de combattre les odieux pollueurs. Noyée dans un maelström de séries animées à succès et de clones des Tortues Ninja, l’expérience ne durera finalement qu’une saison de 13 épisodes. Soit un laps de temps laaaargement suffisant pour lancer une gamme de jouets fabriqués par Playmates.

Toute ressemblance avec un groupe mythique est évidemment fortuite

LES AVENGERS EN MIEUX

Produits la même année que le cartoon, les jouets Toxic Crusaders proposent neuf figurines articulées de la même façon que nos TMNT préférées. Du solide donc, couplé à un semi-échec populaire rendant lesdites figurines largement trouvables via divers sites d’enchères, dans des états allant du neuf au bien conservé. Cinq véhicules farfelus (mais un peu plus durs à trouver) complètent une gamme restreinte, à la durée de vie courte mais à la finition pour le moins plaisante, voire même supérieure aux Tortues Ninja en terme de sculpt/peinture.

La gamme de jouets Toxic Crusaders dans son (odieuse) intégralité

Aperçu du packaging de certaines pièces de la collection

Notre glorieux héros, brandissant fièrement les couleurs de l'Amérique
La publicité suédoise, non norvégienne, non néerlandaise - enfin bref des pays du Nord, là-haut - pour quelques action figures et véhicules de la gamme

Dans la foulée, plusieurs jeux sortent sur les consoles d’alors, soit sur Game Boy, NES et Genesis (la Mega Drive américaine, pour les trois du fond qui ne suivent pas). Toxie tentera même de se lancer à l’assaut de « l’irréprochable »  Super Nintendo (y’a quand même aussi de sacrées daubes sur SNES, allez, il serait temps de l’admettre), tentative qui sera abandonnée en cours de route malgré la présence d’articles qui laissaient entrevoir un truc pas forcément pire – ni foncièrement meilleur – que chez SEGA.

Les trois adaptations vidéoludiques accompagnées de leurs jaquettes respectives

Bref, que vous soyez fan de cinéma underground à tendance goret, de séries animées kitsch ou de jeux vidéo, Tromaville vous ouvre grand ses portes et ne vous demandera qu’un peu de tolérance, une paire de bottes en caoutchouc et un bon esprit d’équipe pour faire de vous un citoyen modèle ! Et un pince-nez, aussi… Surtout.

EN BONUS :

Bon, les jouets ça va 5 minutes mais regardez-moi cette magnifique figurine de chez SOTA Toys !!
Ah et en passant : un remake du film est prévu en 2022 avec Peter Dinklage dans le rôle titre

Et puisque nous sommes sur Brickosophy, il serait dommage de ne pas mentionner ces deux minifigs de Melvin

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Collectionnisme

Les Zoïds : Plagiat à l’Horizon ?

breath of the west

Si on peut paraître un peu blasé exigeant avec Forbidden West, c’est parce que Elden Ring est enfin sorti bordel de #@$%µ parce qu’on a le droit d’attendre davantage d’une licence AAA. Un quinquennat est passé depuis le premier opus et, comme en politique, on nous ressert la même soupe. C’était déjà assez compliqué, à l’époque, de rester éveillé entre deux chasses – parfois épiques, concédons-le – au dino gigantesque qui tire des caisses de missiles mais là, on fatigue.

Trop convenue, cette suite n’ose pas surprendre. Le peu de nouveautés qu’elle propose, elle le pique timidement à Breath Of The Wild… sorti lui aussi en 2017 !! Souvenez-vous de cette époque bénie où, las d’explorer de vastes étendues où la nature reprend ses droits après une bataille perdue par l’humanité contre d’antiques machines – qu’on larde de flèches et de coups d’épée – on éteignait notre Switch pour lancer Zero Dawn… et explorions de vastes étendues où la nature reprend ses droits après une bataille perdue par l’humanité contre d’antiques machines… qu’on larde de flèches et de coups d’épée.

Link et Aloy, même combat !

N’ayant finalement jamais été un sandbox comme BotW avait su le (par)faire, le premier chapitre des aventures d’Aloy était tombé des mains de beaucoup de joueurs. À regret, tant l’aventure brillait sur le plan technique mais s’avérait moins libre, moins vivante et fatalement moins intéressante que le hit de Nintendo. Mais de là à débouler une demi-décennie plus tard pour nous proposer le même planeur/cerf volant que Link, faut pas pousser ! D’autant que les panoramas – malheureusement pour la plupart recyclés – flattent toujours la rétine malgré une technique encore trop ancrée dans la génération précédente. Il faut dire qu’en 2022, on commence à s’habituer au désert créatif (du moins du côté des AAA) imputable aux années Covid. Mais on n’est pas (que) là pour vous faire une critique détaillée du jeu. Place aux jouets !

Horizon, c’est surtout un blockbuster à aborder sans trop se prendre la tête. Libre à chacun d’aimer, surtout que la saga en devenir se dote tout de même de grosses bestioles mécaniques à démonter joyeusement avec notre arsenal explosif ! Et on aime ça non ? Les grosses bestioles qui pissent de l’huile ? Tellement qu’on avait déjà joué avec elles dans les années 80 ! Mais si, souvenez-vous !! Les Zoïds ! Si, comme le poisson, vous étiez « pas nés », laissez-nous vous faire un topo viteuf.

C’EST BIEN TROUVÉ, C’EST BIEN TOMY !

C’est en 1981 que la firme japonaise Tomy lance une nouvelle gamme de maquettes mécaniques à (re)monter soi-même : les Zoïds. Le concept est simple : chaque « jouet » (pourtant assez balèze à assembler pour un gamin habitué aux Gi-Joes) s’aborde comme une déclinaison robotique d’un animal, insecte ou dinosaure familier. Enfin ça, ce sera pour plus tard puisque les trois modèles proposés au Japon, où la marque se nomme encore Mechabonica, ne parviennent pas à convaincre nos amis nippons. Ni une ni deux, Tomy revend sa licence aux américains, qui relancent la série en grande pompe à la fin 1982 (quelle belle année). Et voilà que nos créatures mécaniques déferlent en Europe l’année suivante… et ressortent par la même occasion au Japon. Au jeu du marketing et du rebranding, on peut toujours compter sur les ricains, qui répondent à la question « Quoi de mieux qu’un T-Rex ? » en livrant un Tyrannosaure cybernétique surarmé de 30cm de haut !!

Comme les 2Be3, au départ, ils étaient trois...

Pouvant être vus comme une fusion réussie entre la marque Robotix et les mythiques Dinos Riders, les Zoïds – comme les Pokémon – arrivent en grand nombre dans les salons de milliers de gamins. Enfin… surtout dans les pattes de leurs parents, parce que le gamin, lui, il a pas la patience et préfère tout péter pour ruiner les beaux efforts de ses vieux. Déclinée en trois tailles (S, M et XL), la gamme compte près d’une cinquantaine de robots s’étalant, pour simplifier, sur trois grandes « familles » sorties sur une période allant de 1981 à 1988.

Vous reprendrez bien un peu de nostalgie…

La foire aux cyber-animaux va de l’alligator (Kroc) – repris à l’identique dans Horizon – aux insectes comme Scorpozoïd 📷 ou Tarantulon en passant par Mammouth le Destructeur (que l’on retrouve peu ou prou en statuette dans l’édition collector de Forbidden West). Divisés en deux clans, les rouges et les bleus, tous sans exception se dotent d’un vaste panel d’armes greffées à leur exosquelette. Il ne manque guère qu’une rouquine qui fait des roulades en guenilles pour se retrouver quarante ans après, une DualSense calée entre les pognes. Enfin ça, c’est sur le papier l’écran…

Oh le beau bestiau que voilà ! Attendez voir... j'ai déjà vu ça quelque part...
Mais ?! Non... ce doit être un hasard...

UN GOLGOTH PILOTÉ ? C’EST NOUVEAU ÇA !

Tenté de faire la bagarre avec vos Zoïds et la seule figurine Aloy, proposée par Totaku 📷 ? Niet ! Comme les jouets sont un sujet extrêmement sérieux, coupons court à tous délires et montrons-nous un minimum intransigeants : ça ne colle pas avec le lore. Car oui, à force de tisser (ça fait du bien de tisser un coup) ce parallèle entre les Zoïds et le AAA de Guerilla Games, on en aurait presque oublié que les créatures de Tomy sont bel et bien pilotées par des humains et que le sacro-saint background zoïdesque n’a finalement aucun point commun avec les zadistes de chez Sony. Loupé.

Quel design novateur !! Il fallait y penser !! C'est incroy... attendez...

Et, pour le coup, lesdits pilotes sont minuscules et absolument pas articulés. Comme un fonctionnaire, ils ne sont pensés que pour s’asseoir, position qu’il sera impossible de leur faire quitter, surtout avant 17h 16h 15h30 le temps d’un dernier café. Dommage de ne pas avoir prévu de petites figurines un minimum articulées façon Manta Force 📷 ce qui aurait favorisé les combats au sol.

OK, je crois qu'on se fout de nous là...

Mais c’est bien là le seul défaut – sur le plan du design – d’une gamme si bien pensée qu’elle a, sans l’ombre d’un doute, inspiré les artistes de Guerilla Games. Un hommage mérité, en somme, même si la ligne de jouets/maquettes est encore aujourd’hui produite au Japon pour les quelques aficionados qui subsistent… ce qui pourrait presque constituer un plagiat. Comme bien souvent, la frontière est ténue et nous préférons au final nous réjouir d’une telle « allusion ». Mais alors ? Ça vaut quoi un Zoïd aujourd’hui ? C’est vraiment si cool que ça ?

Gears (AND GUMMIES) of war

Bon, maintenant que vous avez intégré le fait qu’il va falloir se retrousser les manches pour contempler vos Zoïds dument assemblés – avec le même air satisfait et fier que la fois où vous aviez bricolé le berceau du gosse en seulement 14h et deux packs de 8-6 – il nous reste à voir comment sont foutues lesdites bestioles sur le plan anatomique/mécanique. Soit un astucieux assemblage de rouages, de plastique et de bouchons en caoutchouc. Ahhhhh ces satanés bouchons… Il faut comprendre que, pour maintenir chaque articulation, les ingénieurs de chez Tomy ont opté pour un système aussi simple qu’hautement résistant l’usure du temps : des petits cylindres creux et faits de gomme, qui s’emboîtent facilement sur les pièces mobiles pour garantir une rotation optimale. Quoi que… si ça se pose facilement, il faut bien avouer que ça se barre aussi tout seul une fois sur deux.

Nos meilleurs amis sont parfois aussi nos pires ennemis

À l’inverse des mécanismes à remonter (ou à pile pour les modèles M genre Red Horn le Terrible et XL comme Great Gorgon 📷), qui font figure d’increvables trésors d’horlogerie suisse, même 40 ans après. Cette durabilité à faire pâlir la Reine Elizabeth II est à prendre avec des pincettes (voir encadré « Conseils de collectionneur »). Même en ayant échappé à la corrosion sur les modèles à piles, il reste que certains caoutchoucs d’ornement poreux, comme ceux présents sur les roues du modèle Power Zoïd Tank 📷, sont plus sensibles à l’humidité des caves et greniers familiaux comparé à d’autres pièces. Cela ne concerne néanmoins que 2-3 modèles sur l’ensemble de la gamme.

On nous ment ! Les preuves sont là !

Les autocollants, en revanche, compliquent encore un peu plus la donne pour le collectionneur qui vise un aspect « OG mint », même sans boîte d’origine. Les autocollants, ça se paume, mais surtout ça se colle n’importe comment quand on a neuf ans. Reste à espérer que l’ancien propriétaire de votre future acquisition se soit concentré un minimum au moment de prendre l’odieuse liberté, il y a plus de trente ans, de coller VOS autocollants sur VOTRE magnifique Zoïd. Quel culot ! Sinon, vous être quittes pour tout décoller proprement, tout répertorier et tout recoller OKLM à l’aide d’un stick UHU.

Sample d'autocollants typiques de la gamme

Mais ces déconvenues ne seront rien face à la tristesse d’avoir passé quinze minutes (temps moyen d’assemblage d’un modèle S, easy-mode avec une main dans le slip) à monter une glorieuse… chenille robotique 📷, un timide escargot chromé ou un canard… de guerre 📷, certes, mais quand même. Hé ouais mon petit Kévin, tous les modèles de Zoïds n’ont pas le même quotient de swagance©. N’est pas Mighty Zoïdzilla 📷 – ou Krark le Prince des Ténèbres, grand modèle ailé faisant office de perle rare – qui veut. Reste que certains Zoïds aquatiques, équipés de flotteurs en polystyrène, peuvent parfaitement aller sur l’eau, comme la raie du maçon manta Z-Ray ou le bien nommé Aquazoïd de la première série, avec ses palmes qui font fap-fap.Une véritable dinguerie !

Deux exemples de Zoïds qui flottent (et font fap-fap)

THE WILD HUNT

Comme tout ce qui a émergé des années 80, les prix ont bien flambé ces dernières années. Comptez une trentaine d’euros pour un exemplaire de petite taille en loose, voir le double si le modèle convoité compte parmi les plus prisés. Le problème étant surtout qu’avec la masse de petites pièces à assembler, trouver un exemplaire complet sans boîte relève de la gageure ultime. Ce problème, indifférent de la taille du bestiau, est une constante avec les Zoïds. Pour les plus fortunés, le célèbre maquettiste japonais Kotobukiya a ressorti les modèles les plus emblématiques de la licence, modifiant au passage certains coloris et postures pour un résultat aussi magnifique qu’onéreux… surtout pour un truc à monter soi-même (c’est une question de principe, non mais oh !).

Ne sont-ils pas magnifiques ? Le plus beau restant que cette image ne fait pas mention du prix des bestiaux...

Établir une estimation-type s’avère donc pour le moins périlleux dans le cas des Zoïds, exercice grandement compliqué par la myriade de modèles de petite taille. C’est déjà plus facile pour les grands, qui vont grosso modo de 100 € à 200 € selon la rareté du modèle. Il est même assez courant de croiser des modèles XL en boîte d’origine aux alentours de 120 €, notamment parce que les premières séries furent largement distribuées en Europe à quelque exclusivités près, comme la variante Double-Sworder de notre Scarab ou encore Twinhorn Mammoth, un pachyderme modèle réduit. Dans tous les cas, le collectionneur averti aura besoin de s’armer de pognon patience et de courage s’il espère éplucher rigoureusement les méandres du catalogue sur Le Bon Coin ou Ebay. Voilà, c’est à vous de jouer maintenant. Bon courage pour le full-set, on se revoit en 2030.

Une collection qui laisse rêveur...
... et des prix du bon vieux temps, loin de toute spéculation maladive

CONSEILS DE COLLECTIONNEUR

Gare aux modèles qui marchent à piles : il y a fort à parier que les accus d’origine sont restés à leur place et ont coulé, ce qui a dû corroder ou même totalement dissoudre les contacteurs. Bref, demandez des photos avant de commander aveuglément, surtout que certains modèles nécessitent deux sets de piles différents (et deux pilotes), comme Zoïdzilla qui embarque 2 piles LR6 dans son sac à dos et 2 grosses LR-14 dans son abdomen. Il faudra bien ça pour lui faire rougir les joues et avancer d’un pas hésitant comme tonton Pascal au sortir de table un 25 décembre.

Il existe des modèles exclusifs selon les pays. Pour les identifier et mettre plus facilement la main dessus, sachez qu’il existe trois « indicatifs » associés aux Zoïds selon leur provenance. OJR pour le Japon, OAR pour les USA et OER pour l’Europe. La couleur de certains modèles change également selon le pays, comme Zabre, le tigre à dents de… zabre, qui devient rouge sur l’archipel nippon alors qu’il est bleu – enfin surtout noir – partout ailleurs.

Trouvez impérativement la notice d’assemblage. Pas tant pour être certain de monter le merdier correctement, mais surtout pour avoir un inventaire précis de chaque pièce qui compose ledit merdier (aussi appelé, par correction, modèle ou bestiau). Un joyeux bordel, surtout si vous visez le 100% complet. Il vous faudra ainsi écumer rigoureusement chaque annonce sur les sites d’enchères pour finalement reconstituer, une pièce après l’autre, votre Zoïd de prédilection façon Éditions Altaya.

Bonus TL;DR

On se quitte avec quelques Zoïds accompagnés de leurs pilotes et/ou de leurs notices…

… mais aussi avec cet étonnant cross-over chez Marvel, sous la plume d’un Grant Morrison en début de carrière

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Bon plan Horizon Forbidden West : créez votre propre version collector DIY

Le RPG d’action-aventure star du moment, Horizon Forbidden West est officiellement lancé sur Playstation. Ce second opus succède à Horizon Zero Dawn et nous permet de retrouver Aloy, la zadiste dandrophile paria sauvageonne, dont la mission n’est pas moins que de sauver la terre qui se meurt. Vous comptiez vous offrir la version collector, mais vous n’avez pas 300 € à dépenser ? Bonne nouvelle pour votre banquier, voici le guide pour vous offrir un collector à moindres frais.

Le nombre d’objets indéterminés sur cette étagère est impressionnant.

Turok Forbidden West

La vie sur Terre fait face à une nouvelle extinction et personne n’en connaît la réponse. Ce n’est pas le titre du dernier rapport du GIEC, sinon les développeurs auraient su que la réponse est l’activité humaine. Non, c’est ainsi que commence l’histoire du jeu. Nous rejoignons donc Aloy dans l’Ouest Interdit, un endroit majestueux, mais dangereux, et futuriste, mais post-apocalyptique.

Le jeu nous propose d’évoluer dans un monde ouvert et majestueux d’une Amérique qui a raté sa transition écologique. Cependant, le RPG se distingue grâce à un bestiaire très particulier puisqu’il est constitué de gros robots. Le mélange entre nature sauvage et verdoyante et machines futuristes aux airs de techno-dinosaures est vraiment un signe distinctif de la franchise. Ce qui en fait le meilleur reboot de Turok à ce jour.

Tortank
Les canons sur sa carapace tirent des jets d'eau capables de percer même de l'acier trempé.
Arbok
Des études ont révélé que les marques effrayantes de son corps pouvaient former six motifs différents.
Artikodin
On raconte que ses belles plumes bleues sont faites de glace. Sa longue queue flotte au vent lorsqu’il vole au-dessus des monts enneigés.
Rhinoféros
L'évolution a permis à ce Pokémon de marcher sur ses pattes postérieures. Il peut faire des trous dans les rochers en utilisant sa corne.
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Les machines de l’Ouest prohibé ont des designs magnifiques et originaux.

Lego frappe un grand « cou »

Vous l’aurez compris en voyant mon enthousiasme, que le seul truc bien est le design des bestioles. Revenons à notre collector fait-maison si vous le voulez bien. Quelle est LA pièce incontournable d’une version Deluxe ? Une maquette/sculpture/figurine qui en jette un max sur vos étagères, bien sûr ! Et, Oh surprise, je vais vous parler de briquettes LEGO.

Le design des animaux robotiques est pour le moins approprié à un passage chez LEGO, et les designers, pour l’occasion, nous ont gâté avec un magnifique set : le Tallneck, ou Grand-cou en VF (76989). L’échelle, qui semble plutôt respectée, retranscrit bien l’impression de gigantisme que ressent le joueur au moment de croiser l’une de ces girafes croisées avec une antenne parabolique.

Grrrrrand cou

Conçu comme un modèle de construction et d’exposition, cet ensemble de 1 222 pièces invitera à coup sûr les constructeurs au 31e siècle et servira habilement de substitut à la figurine de Frappe-défense de la version collector du jeu. Pour ne rien gâcher, une minifigurine d’Aloy armée et un Veilleur aux yeux bleus, jaunes ou rouges, viennent compléter ce modèle fascinant au prix imbattable de 80 € 79,99 €.

Des monstres en papier d’arbre

Que rajouter ensuite à notre version collector DIY d’Horizon Forbidden West ? Plus de Zoïds d’animachines et d’animachins. Encore une fois, je vous propose d’utiliser vos petites mains agiles et de les fabriquer vous-même. Car il est toujours plus gratifiant de mettre un peu de sueur et des larmes dans une pièce d’exposition et gagner en street-credibility.

C’est l’heure de sortir votre imprimante, vos cutters et un stock de pansements. En effet, notre prochain atelier vous propose de créer vos propres papercrafts du Galop-griffe et de l’Aile-d’hélion. De plus, et pour rester dans la thématique écolo, les modèles papercraft sont également proposés en noir et blanc afin d’économiser vos cartouches d’encre, vous laissant tout le loisir de colorier vous-même vos créations pour plus de personnalisation.

Oui mais le papier ça ne pousse pas sur les arbres me direz-vous. Qui dit papier dit déforestation, donc ce n’est pas si écolo que ça cette affaire. C’est mal connaitre les gars du marketing, qui ont décidément pensé à tout, et vous proposent de rejoindre la cause d’Aloy en créant collectivement une forêt. Ainsi, du 18 au 28 février, jouez à Horizon Forbidden West et débloquez le trophée « Poltrons finis » « Couards Atteints ». Partagez-le sur Twitter avec le #LaForêtdAloy et tous les cinq trophées débloqués, un arbre sera planté dans les Vosges. Un bien bel exemple de greenwashing d’économie circulaire.

Sauvez la planète depuis votre canapé, vous avez 10 jours. #LaForêtdAloy

Adoptez le look roots

Notre version Collector Deluxe GOTY d’Horizon Forbidden West commence à avoir de la gueule. Il est temps de passer aux choses sérieuses et à vraiment transpirer avec le prochain tuto. Sortez vos machines à coudre et votre plus belle imitation de Cristina Córdula car nous allons adopter le look d’Aloy.

Anticipant les futures conventions, les gars du marketing nous proposent, non pas un mais deux guides de cosplay pour incarner Aloy de la manière la plus authentique qu’il soit. Choisissez de vous grimer en chasseuse Nora ou en récolteuse utaru et à vous les regards envieux et les shooting photos pour votre Insta. Il faut souligner que ce cosplay est unisexe et convient autant aux femmes qu’aux adolescents prépubères. Les deux possèdent déjà du duvet aux joues.

Pour finir, une bonne édition collector contient moult artworks (ndlr: illustrations). C’est votre jour de chance, voici une petite collection de fonds d’écran de grande qualité pour afficher votre amour des rouquines dures à cuire. Et voilà, notre collector est fin prêt. Il ne vous reste plus qu’à acheter l’édition numérique Deluxe à 90 € 89,99 € et savourer vos 130 € d’économie.

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