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Tetris : ces (autres) briques qui ont tout changé

Comment pourrions-nous un seul instant vous parler de briques à longueur de journée et ne pas évoquer l'évidence en matière de jeu vidéo à assembler soi-même : Tetris. Hé oui, avouez que ça se pose là ! C'est même tellement incontournable que vous y avez forcément déjà joué, que vous soyez ou non fan de Lego. Comment ça non ? OK, il va falloir revenir aux bases !

Briques à brac

Au commencement de tout monument un tant soit peu moderne, il y a la brique. Qu’elle soit en terre cuite, en grès, en ciment, en plastique ou en caca, la brique est une promesse. Mais seule, elle n’est pas très utile. Tout au plus, et si l’on en croit Brian Flagg (héros malgré lui du génialissime film The Blob), une brique peut faire office de clé improvisée. Seule, la brique se lance en signe de protestation, afin de défier l’autorité… ou entrer chez votre voisin absent et lui piquer sa collection de Star Wars Kenner pour les balancer dans l’acétone. Bref, la durée d’utilité de la brique en solo est brève.

Comme un individu rejoignant un groupe pour former une société, la brique vaut surtout lorsqu’elle est conjuguée au pluriel. Ne cherchez pas pour autant le verbe « bricker »  dans le Beschrelle, seuls les hackers du dimanche en connaissent la définition, confrontés à cette épée de Damoclès au moment de pirater leur console pour ne plus payer leurs jeux. Bricker quelque chose, c’est le rendre inutile… comme une brique au singulier. C’est risquer de flinguer sa machine de façon irrémédiable. Et ça tombe bien qu’on se soit permis cette parenthèse vidéoludique, puisque de jeux vidéo, il en est ici question.

Pour beaucoup de joueurs, tout commence ici

Tetris ou quoi ?

éliminer quatre lignes d’un coup, une sensation orgasmique sans équivalent.

Aucun débat possible : Tetris, c’est l’alpha et l’oméga du jeu vidéo. Qu’on soit fan ou pas du concept, l’ensemble des sensations et valeurs ludiques propres à ce média se ressentent pour quiconque se sera essayé à une partie ou deux. Ou dix. Ou cent. Hautement addictif, Tetris se veut avant tout simple, fédérateur et facile à expérimenter. Ça ne vous rappelle rien ? Ben oui ! Les Lego justement ! Quoi de plus immédiatement abordable que d’imbriquer des… briques de formes variées dans le but d’obtenir un modèle souhaité ? Et c’est là qu’on touche au cœur du sujet, justement. Et au génie.

Dans Tetris, il ne s’agit évidemment pas de construire des vaisseaux de nerd (rien à voir avec leur qualité), des bâtiments chelous, des robots mignons ou des monstres enchaînés. Si le lore tend à démontrer que l’on tente ici de consolider une rampe de lancement pour navette spatiale, pour le joueur, le but est simple : manipuler des formes définies et les mêler pour former des lignes ininterrompues qui disparaissent dans la foulée, dégageant l’espace de jeu sans cela condamné à se remplir inexorablement. Le challenge étant de composer au mieux avec nos briques pour ne pas laisser trop d’espaces vacants, sous peine de devoir se concentrer sur l’élaboration d’une nouvelle ligne par-dessus celle que nous avons ratée.

Des formes (rng)néreuses…

Évidemment, l’aspect drogue dure de la création d’Alekseï Pajitnov vient du fait que l’ordre d’arrivée des formes proposées, qui tombent du haut de l’écran, est aléatoire. Aucune partie ne ressemble totalement à la précédente et cette mécanique de gameplay toute simple nous force à prévoir nos coups à l’avance mais surtout à nous adapter à l’imprévu. Où vais-je insérer ce bloc en forme de L ? Ira-t-il mieux à cet endroit, collé à ce bloc en forme de T ou bien à côté de cette formation carrée ?

Chaque Tétromino (petit nom donné aux dites formes) se compose toujours de 4 petits carrés, regroupés en 7 patterns simplistes et pivotables à volonté. Le bloc en forme de L trouverait davantage sa place s’il avait la tête en bas ? Hop, on le pivote d’une simple touche pour l’insérer au mieux dans l’interstice disponible. Simple, basique, comme dirait l’autre.

Et c’est tant mieux, puisque plus le joueur accumule les lignes, plus la vitesse où les tétrominos chutent et s’empilent accélère. Si notre mur s’avère finalement aussi troué qu’un gruyère (qui n’est d’ailleurs pas un fromage à trous), c’est l’escalade vers le haut de l’écran, diminuant fatalement le laps de temps disponible pour réfléchir au placement idéal. En cas d’échec, le joueur expérimentera au passage les deux sacro-saints piliers du hit absolu : la fameuse envie, malgré tout, « d’en faire une petite dernière »… couplée au fait de se dire « je peux faire mieux la prochaine fois ». Pas besoin de plus.

Mais ?! C'est bien lui ? Notre héros !

… au service d’une dualité plaisir/frustration

Le revoilà, cette fois sur Game Boy !! Vas-y mon gars !!

Rien, pas même un salaire de ministre, la joie simple de croiser la route d’une Ford Mustang Fastback ou le tiramisu de tata Martine, ne peut rivaliser avec le plaisir d’empiler savamment nos blocs dans l’attente d’un tétromino en forme de ligne droite, qui viendra parfaitement s’accoler sur l’un des côtés de la surface de jeu – volontairement laissé vacant en prévision de son arrivée – afin d’éliminer quatre lignes d’un coup. C’est aussi, au passage, la consécration d’un héros de jeu vidéo discret : la barre droite. Exit Kratos, Nathan Drake, Sonic et même Mario. Ils ne valent pas un clou face à Jean-Didier (fallait bien lui trouver un prénom), le bro ultime, un MVP droit dans ses bottes mais prêt à faire le ménage par le vide ! Sensation orgasmique sans équivalent, à tel point de donner son nom au jeu lui-même, « faire un Tetris » fait plus de bien qu’une visite aux toilettes après un trip chez Taco Bell. C’est l’expérimentation in situ de ce qui constitue la quintessence du jeu vidéo : se lancer un défi, user de ses capacités cognitives pour le relever et éprouver un contentement infini lorsque tout se déroule selon le plan.

Cerise sur le McDo, il est possible d’affronter un (ou plusieurs selon la déclinaison/le millésime du jeu) amis – et ennemis en devenir – dans une avalanche de blocs afin de voir qui se débrouillera le mieux avec ce que la console daignera nous balancer. Et le plus beau, c’est que tout combo de lignes (c’est-à-dire nettoyer deux, trois ou quatre lignes d’un coup) enverra des blocs pourris (aussi appelés « junk ») chez l’adversaire, ce qui le fera rager en plus de compromettre ses plans. Imaginez un instant le bonheur sadique de boucher in extremis l’espace qu’il aura sciemment  laissé libre en attendant LA ligne (qui tarde à venir) indispensable à vous envoyer un Tetris à la tronche ! Et ne parlons pas de Tetris 99, un mode Battle Royale qui regroupe une centaine de joueurs en simultané ! Imaginez la violence du truc !

L’ultra-violence de Tetris 99… et un cameo de « la barre droite », dit Jean-Didier, dans toute sa splendeur

De l’idée dans les suites

Et l’aventure Tetris ne s’arrête pas là ! Si on ne compte plus aujourd’hui les déclinaisons, copies, portages et collaborations toutes machines confondues, quelques fun facts autour de la licence demeurent moins connus.

La suite de Tetris déjà, sombrement nommée Tetris 2, qui ne fait rien comme tout le monde. Là où les joueurs attendaient peu ou prou le même jeu avec quelques updates graphiques et sonores, Nintendo bazarde tout comme cela avait déjà été le cas avec Zelda 2 ou Castlevania 2. Ici, les règles changent fondamentalement. On y retrouve des tétrominos difformes à empiler selon une logique pour le moins abstraite. Exit la simple nécessité de faire des lignes et place à la prise de tête puisque les couleurs des blocs jouent aussi un rôle incontournable pour le joueur friand de constructions tarabiscotées. Très dépaysant et osé, Tetris 2 nécessitera une notice pour les plus impatients, tant il dynamite le concept de base d’Alekseï Pajitnov, qui se dissocie de cette suite.

Un Tetris 2 pour le moins déconcertant...

Deuxième point méconnu (à part pour une poignée d’acharnés), le portage Mega Drive de Tetris (comportant le logo SEGA sur le menu d’accueil) constitue aujourd’hui le jeu le plus cher de la machine, puisqu’il ne fut vendu qu’une semaine avant d’être retiré de la vente pour des raisons de droits, alors en cours d’acquisition par Nintendo. Moins de dix exemplaires seraient encore en circulation. Bon courage au full-seters qui nous lisent (voir photo) !

Une somme stratosphérique, davantage indicatrice de rareté que prix de vente effectif final

Vous ne le saviez peut-être pas mais Alekseï Pajitnov a bien bossé sur une suite de Tetris… avec des chapeaux ! Très justement nommée Hatris, cette mouture rigolote et bien sentie est à jamais restée dans l’ombre de son grand frère (logique, faut dire, de rester à l’ombre quand on porte un chapeau). On y empile des couvres-chefs de formes diverses qui dégringolent par paire du haut de l’écran. Évidemment, impossible de placer une casquette sur un haut-de-forme ou un Stetson. Un peu de sérieux ! C’est avec des habitudes comme ça que ton armoire finit en bordel et que tout se casse la gueule quand tu veux chopper ton T-Shirt de retro-gaming pour te la péter en convention.

Si vous avez une tête à chapeaux, Hatris saura vous convaincre
Un Tetris 2 pour le moins déconcertant...
Une somme stratosphérique, davantage indicatrice de rareté que prix de vente effectif final

Expérimenter en 2D, vivre en 3D

C’est vrai… Comment aurions-nous pu démarrer cette rubrique sans vous parler de Tetris, qui se devait de la lancer officiellement via ce parallèle évident ? Si nous continuerons à vous parler de pixels dans un avenir proche, c’est bien parce que ces derniers font office de base constructive ultime ! C’est à travers eux que s’est bâti le média le plus important et bankable (au point de faire de l’ombre au cinéma, surtout depuis le confinement de 2020) de ces cinquante dernières années. Zoomez sur une image d’un mur et vous y discernerez chaque brique. Zoomez encore et vous y verrez un amoncellement de pixels. Et si ces derniers sont cette fois virtuels, ils font le pont – et le franchissent – vers le réel, notre réalité, par le biais des Lego.

Alors pourquoi ne commenceriez-vous pas tout simplement par plonger tête la première dans vos reliquats de briques danoises comme Picsou dans sa montagne de pognon afin de composer vous-même vos tétrominos et vous affronter autour d’une variante de Dix de Chute sauce Tetris ? Créez vos propres règles ! Alternez entre 2D et 3D ! Matérialisez l’immatériel ! Lancez-vous dans le pixel art fait maison et ajoutez un Mario/Mega Man époque NES en guise d’arbitre ! Ou un Sonic, si vous avez meilleur goût… C’est facile, c’est carré !

Ah ben bravo Jean-Didier ! C'est du joli !
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